Catherine Ethier Instagram – Chaque 6 décembre, depuis 34 ans, chaque femme, chaque fille se souvient de ce mercredi-là. Parce qu’elle était tout près. Parce qu’on lui a raconté. Parce qu’on se souvient. J’avais 8 ans et, pour la toute première fois, dans ma classe de 4e année le lendemain matin, même si je ne saisissais pas tout, j’ai eu peur des hommes. J’ai appris que je pouvais mourir parce que j’étais une fille. C’est une pensée qui me quitte rarement.
L’an dernier, je suis allée assister à la cérémonie hommage aux 14 femmes assassinées à Polytechnique, au sommet du Mont-Royal. On a attendu plus d’une heure sous la pluie glaciale parce que les gens importants n’étaient pas encore arrivés. C’était leur moment. Leur hommage. Patientez. Un bel endroit avec spotlights et cordons de velours-approchez-vous-pas-trop pour que nos ministres Trudeau et Legault soient filmés après déposer une rose quelque part, je ne peux vous en dire davantage puisqu’on nous tenait à l’écart, au fond de la salle, derrière une nuée de kodaks assoiffés de costards. Entre deux tuques, je ne voyais que la petite coupe de cheveux blonde de Mme Brais pendant qu’on chuchotait le nom des victimes sur un filet de piano. Derrière, bien au fond contre le mur, le public se reccueillait, trempé, en silence, plusieurs en larmes. Un homme s’était fabriqué un joli chapeau surmonté d’une colombe. Mais ce qui comptait, c’était la mascarade de nos Premiers. C’est pour ça qu’on était là. Eh ben. Aucune place pour la mémoire. Celle de ces étudiantes. La nôtre. De l’oxygène. À peine. Juste pour dire. Veuillez circuler. Je me demande encore pourquoi ça m’a soufflée de même. Cette calvaire de pièce de théâtre où l’on nous joue, année après année, la « mémoire » en les regardant penser à ce qu’y vont commander au restaurant talleure.
Je profite de cette journée où nous nous sentons toutes croches pour célébrer le travail et le cœur de la formidable @florencelongpre qui, par son art et son intelligence, met des mots sur la violence. Nous bouleverse et nous élève. L’art apaise. Il éduque et répare. La parole des femmes, aussi. C’est toujours ben ça de pris ♥️ @maisonsfemmes | Posted on 06/Dec/2023 22:33:26



